Principaux messages
- Les données probantes actuelles suggèrent que la préservation de la veine azygos pendant la réparation chirurgicale de l'atrésie œsophagienne pourrait entraîner une réduction du risque de décès, de complications graves, de fuite du site de réparation de l'œsophage (fuite d'anastomose) et d'infections graves ou d'infections thoraciques, lors de l'utilisation de l'approche de chirurgie à poitrine ouverte (thoracotomie).
- Des recherches supplémentaires sont encore nécessaires, car les résultats de cette revue pourraient ne pas être applicables à tous les nouveau-nés atteints d'atrésie œsophagienne congénitale.
Qu'est-ce que l'atrésie œsophagienne ?
L'atrésie œsophagienne est une interruption de la continuité de l'œsophage (le tube qui relie la bouche à l'estomac). C'est l'une des malformations congénitales (à la naissance) potentiellement mortelles les plus courantes. Souvent, il existe également une connexion (fistule) entre l'œsophage et la trachée ou les bronches (trachée).
Comment l'atrésie œsophagienne est-elle traitée ?
Le traitement de l'atrésie œsophagienne est chirurgical. Elle consiste à relier les deux parties de l'œsophage (anastomose de bout en bout), reconstituant ainsi la continuité de l'œsophage. S'il y a une fistule (connexion), elle sera également retirée chirurgicalement. Dans l'approche chirurgicale classique de la thoracotomie ouverte, la veine azygos, une veine drainante majeure pour l'œsophage et les structures environnantes, peut être fermée chirurgicalement ou préservée. La raison pour laquelle la veine azygos est fermée chirurgicalement de manière permanente (ligature) est de mieux visualiser et protéger les autres structures anatomiques pendant l'opération. La préservation de la veine a pour but de maintenir un débit sanguin et une cicatrisation suffisante après l'opération. Il n'existe pas d'accord clair sur l'approche la plus efficace.
Pourquoi est-il important de procéder à cette revue ?
Bien qu'elle soit l'une des malformations congénitales potentiellement mortelles les plus courantes, l'atrésie œsophagienne reste rare. Dans le cadre d’une recherche continue de la meilleure méthode de traitement, comparer et combiner les résultats des études disponibles (méta-analyse) est crucial pour résumer adéquatement les données probantes existantes. À l'heure actuelle, il n'existe pas de consensus universel sur le bénéfice de fermer systématiquement ou non la veine azygos. L'analyse de toutes les études sur le sujet pourrait fournir une force supplémentaire aux recommandations futures qu'une seule étude pourrait ne pas fournir.
Que voulions-nous découvrir ?
Nous voulions évaluer les bénéfices et les risques de la préservation de la veine azygos par rapport à sa fermeture lors de la réparation chirurgicale de l'atrésie œsophagienne congénitale utilisant une approche par thoracotomie ouverte.
En particulier, nous voulions déterminer si l'intervention (fermeture de la veine azygos) avait un effet positif ou négatif sur la survie globale, la survenue d'effets indésirables graves (nocifs), les fuites d'anastomose, les infections, les sténoses œsophagiennes (rétrécissement de l'œsophage) ou la récurrence de fistules trachéo-œsophagiennes (une connexion anormale entre la trachée et l'œsophage).
Qu'avons-nous fait ?
Nous avons recherché des études portant sur des nouveau-nés atteints d'atrésie œsophagienne congénitale (où les participants ont été assignés au hasard aux groupes de traitement) qui comparaient la préservation de la veine azygos à sa fermeture lors d'une réparation chirurgicale primaire.
Nous avons comparé et résumé les résultats des études et évalué notre confiance dans les données probantes, en fonction de la taille des études et de la manière dont elles ont été conçues, réalisées et rapportées.
Qu’avons-nous trouvé ?
Nous avons trouvé six études qui répondaient à nos critères d'inclusion, incluant un total de 390 participants. Nous avons pu évaluer nos critères de jugement principaux : décès toutes causes confondues, complications graves, et fuite d'anastomose (fuite du site opératoire), ainsi que nos critères de jugement secondaires : infections graves ou infections pulmonaires et sténose œsophagienne. Aucune des six études n'a évalué la fistule trachéo-œsophagienne récurrente.
Toutes les études ont été menées dans des centres uniques en Inde, en Iran et en Égypte. Toutes les études exploraient exclusivement l'approche chirurgicale par thoracotomie ouverte et toutes incluaient des participants qui avaient une fistule trachéo-œsophagienne.
Lorsque nous avons combiné les résultats des études, nous avons constaté que la préservation de la veine azygos pourrait entraîner une forte réduction des décès, des complications graves et des fuites d'anastomose par rapport à la ligature de la veine azygos chez les nouveau-nés subissant une réparation chirurgicale primaire d'une atrésie œsophagienne congénitale. La combinaison des résultats des études pour nos critères de jugement secondaires a montré que la préservation de la veine azygos pourrait entraîner une forte réduction des infections graves ou des infections pulmonaires, alors que les effets sur la sténose œsophagienne n'étaient pas clairs.
Quelles sont les limites des données probantes ?
Notre confiance dans les données probantes est faible (pour la mortalité et les fuites d'anastomose) à très faible (pour les complications graves, les infections graves ou les infections pulmonaires, et la sténose œsophagienne). Cela s'explique par le fait que les six études incluses présentaient un risque de biais (c'est-à-dire qu'elles ont été conçues de manière à ce que les résultats puissent être biaisés). De plus, les études incluses comptaient toutes peu de participants, ce qui a pu conduire à une imprécision de nos résultats.
Enfin, les études exploraient uniquement l'approche chirurgicale classique de la thoracotomie ouverte. Elles n'incluaient pas non plus les patients présentant d’autres formes d'atrésie œsophagienne, comme ceux présentant des malformations supplémentaires ou les enfants nés prématurément.
Ces données probantes sont-elles à jour ?
Les données probantes sont à jour jusqu'en mai 2024.
Les données probantes actuelles suggèrent que la préservation de la veine azygos pendant la réparation chirurgicale primaire de l'atrésie œsophagienne pourrait entraîner une forte réduction de la mortalité globale, des événements indésirables graves, des fuites d'anastomose, et de septicémie ou de médiastinite. Aucune des données incluses ne suggérait que la ligature systématique de la veine azygos était bénéfique. Cependant, toutes les données probantes étaient d'un niveau de confiance de faible à très faible.
Des recherches supplémentaires sont encore nécessaires, car les résultats de cette revue pourraient ne pas être applicables à tous les nouveau-nés atteints d'atrésie œsophagienne congénitale.
L'atrésie œsophagienne est l'une des malformations congénitales potentiellement mortelles les plus courantes et se définit comme une interruption de la continuité de l'œsophage avec ou sans fistule vers la trachée ou les bronches. Le traitement définitif consiste en une ligature chirurgicale de la fistule si présente et en une anastomose œsophagienne bout à bout des deux poches, rétablissant ainsi la continuité de l'œsophage. Au cours de cette procédure, le chirurgien peut choisir de ligaturer ou de préserver la veine azygos, une veine drainante majeure pour l'œsophage et les structures environnantes, mais il n'existe pas de consensus définitif sur la question.
Évaluer les bénéfices et les risques de la préservation de la veine azygos par rapport à la ligature de la veine azygos lors de la réparation chirurgicale primaire de l'atrésie œsophagienne congénitale.
Nous avons identifié des essais provenant du registre spécialisé Cochrane sur l'hépato-gastro-entérologie, le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) via Ovid Evidence-Based Medicine Reviews Database (EBMR), MEDLINE, Embase et CINAHL (Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature). Nous avons également effectué une recherche dans ClinicalTrials.gov, LILACS, Science Citation Index Expanded et Conference Proceedings Citation Index - Science (Web of Science), et la International Clinical Trials Registry Platform (ICTRP) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Nous avons effectué des recherches dans toutes les bases de données depuis leur création jusqu'au 22 mai 2024, sans restriction quant à la langue de publication.
Nous avons inclus des essais cliniques randomisés (ECR) évaluant la préservation de la veine azygos par rapport à la ligature de la veine azygos lors de la réparation chirurgicale primaire de l'atrésie œsophagienne congénitale chez les nourrissons de moins de trois mois.
Des binômes d’auteurs de cette revue ont examiné de manière indépendante les titres et les résumés, le texte intégral des rapports pertinents et identifié les ECR à inclure. Nous avons enregistré le processus de sélection dans un diagramme PRISMA. Nous avons évalué le risque de biais des études incluses en utilisant l'outil RoB 2 et le niveau de confiance des données probantes en utilisant l'approche GRADE conformément au Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions. Nous avons contacté les auteurs des études si des données manquaient ou n'étaient pas claires.
Six essais, incluant 390 participants, répondaient aux critères d'inclusion. Nous avons pu évaluer tous nos critères de jugement principaux : mortalité toutes causes confondues, événements indésirables graves et fuites d'anastomose, ainsi que deux de nos trois critères de jugement secondaires : septicémie ou médiastinite et sténose œsophagienne. Cependant, aucun des six essais n'a évalué les récidives de fistule trachéo-œsophagienne. Tous les essais présentaient quelques préoccupations ou un risque de biais élevé, et le niveau de confiance des données probantes pour tous les critères de jugement était faible ou très faible.
Les méta-analyses ont montré que la préservation de la veine azygos pourrait entraîner une réduction importante de la mortalité (risque relatif (RR) 0,44, intervalle de confiance (IC) à 95 % 0,26 à 0,73 ; données probantes d’un niveau de confiance faible), des événements indésirables graves (RR 0,33, IC à 95 % 0,21 à 0,50 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible) et des fuites d'anastomose (RR 0,44, IC à 95 % 0,26 à 0,76 ; données probantes d’un niveau de confiance faible) par rapport à la ligature de la veine azygos chez les nouveau-nés subissant une réparation chirurgicale primaire d'une atrésie œsophagienne congénitale. La méta-analyse de nos critères de jugement secondaires a montré que la préservation de la veine azygos pourrait entraîner une forte réduction de médiastinite ou de sepsis (RR 0,34, IC à 95 % 0,21 à 0,53 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible). La présence de sténose œsophagienne n'a été rapportée que dans deux études portant sur 114 participants. Les effets sur la sténose œsophagienne n'étaient pas clairs (RR 0,75, IC à 96 % 0,35 à 1,63 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible), mais les données probantes sont très incertaines.
Traduction et Post-édition réalisées par Cochrane France avec le soutien de Philippe Patricio (bénévole chez Cochrane France) et grâce au financement du Ministère de la Santé. Une erreur de traduction ou dans le texte original ? Merci d’adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr